samedi 29 novembre 2008

Les "biopic": ressurgit identitaire ou manque d'inspiration?

Entre Coluche, Mesrine, Sagan et autre Piaf, sans compter ceux à venir, le cinéma français tourne en rond. Je ne critique pas la qualité des films cités, qui, pour la plupart, ne sont pas de mauvais films, mais je m'interroge sur l'intérêt de ce genre, dit le "biopic" à sortir dans les années 2000. Faire revivre un passé révolu où la France brillait en musique/littérature/banditisme sous l'égide du "c'était mieux avant"?

Ces films, pour la plupart, ne prennent pas de parti pris explicatif, mais joue un rôle de musée, d'exposition de faits: De Caunes prône que son Coluche est le reflet d'une époque et non, comme son sous-titre l'indique, l'Histoire d'un mec, et Mesrine ne sert pas à justifier les faits du dit Jacques... à quoi on peut presque préférer un W., l'improbable président qui, quitte à raconter la vie du président actuel d'une manière tiédasse, le justifie en disant qu'il souhaite expliquer comment un tel homme est arrivé au plus haut poste du gouvernement. Ce W. cherche en quelque sorte à dédouaner l'Amérique d'avoir élu un tel homme, montre qu'il est humain après tout, comme Stone l'avait déjà fait dans son magistral Nixon, homme qu'il érige en véritable héros shakespearien tiraillé de l'intérieur. Les films de Stone sont presque ce qu'était le théâtre grec aux athéniens, une catharsis leur permettant d'expier leurs fautes. Face à cela, le cinéma français n'inscrit dans aucun contexte politique ou culturel ces oeuvres: Mesrine, pourquoi pas, Coluche, reste encore Les Restos du Coeur, mais Piaf? Pourquoi maintenant et pas dans 10 ans, ou il y a 5 ans? Si tous les réalisateurs français faisaient un film de leur idole ou antihéros...

Je taxerai plutôt ça de manque d'inspiration flagrant, et de machine à faire des entrées. Prenons une figure controversée un peu oubliée, déguisons-la à outrances (un Vincent Cassel prend 20 kilos, une Marion Cotillard avec 3h de maquillage), et faisons la découvrir à un public trop jeune pour les avoir connus, et redécouvrir à un second public assez vieux pour s'en souvenir. Résultat: des millions d'entrée, des Oscars, une raison pour mamie d'emmener ses petits-enfants au ciné. D'un point de vue marketing, le cinéma français est à la pointe, en touchant jeunes, moins jeunes et plus tout jeunes, la cible visée relève de l'exploit.


Or, le public français apprécie ce retour en arrière, moi y compris, mais seulement dans un premier temps, car on commence vite à s'apercevoir des ficelles qui tissent ce beau paquet: n'importe quelle célébrité fera l'affaire, bientôt Gainsbourg au grand écran, avec un Boris Vian joué par Philippe Katerine (horreur), je dis stop! L'histoire est telle qu'elle est, on ne va pas la réécrire sous peine d'avoir besoin de faire du chiffre d'affaire. A quand un Tonnerre sous les tropiques français, dénonçant ces magouilles?

2 commentaires:

Unknown a dit…

Si je peux me le permettre, Mesrine est plus un film qu'un biopic: contrairement à d'autres, Richet ne se contente pas bêtement de scander la vie de Mesrine, il la met réellement en scène pour au final réaliser ce qui est pour moi plus un film d'action très réussi qu'un biopic classique. Ici, il y a du cinéma, ce n'est ni l'hagiographie, ni le blâme d'un personnage. On suit un héros au sens de personnage principal d'une histoire, Jacques Mesrine, qui est justement un personnage de cinéma, multifacettes et qui pourrait tout aussi bien être Pierrot le Fou (la correspondance est pour moi évidente).Ce n'est pas comme Piaf ou Coluche dans les films qui leurs sont dédiés: ce ne sont pas des personnages de cinéma, mais des personnages tout court dont la vie aurait tout aussi bien pu être un roman ou une pièce de théâtre: pour eux, le cinéma n'est pas justifié.
(Je n'ai pas vu Sagan)

Virgile a dit…

Bien sûr que tu peux te permettre, c'est le but! lol
J'avoue avoir fait un petit amalgame dans ma subjectivité complète du cinéma français ^^, mais je tiens quand même à préciser que Mesrine (même si c'est un très bon film d'action) correspond bien au genre du biopic: biographical picture, un film racontant la vie de quelqu'un, que cela soit l'épicier du coin ou le président, un biopic reste un biopic. Bien que, le cas de Mesrine reste distinct par le fait qu'il n'était pas une célébrité, il en reste un personnage à part entière, l'ennemi public numéro 1. Qui plus est, Mesrine est d'autant plus intéressant qu'il est le personnage qu'il s'est forgé lui-même avant d'être repris par les autres.
Après, personnage aux multiples facettes, bien sûr, mais comme Piaf, Nixon ou Coluche, finalement, on n'adapterait pas un personnage lisse au cinéma... mais je n'ai pas vu Pierrot le Fou! (honte sur moi)